UP
On m'appelle Neco. Je suis un chat. Là où je suis née, à Sapporo , il y a des champs de cannabis. C'est là , dans ces herbes magiques, que je suis née. Et c'est là qu'on m'a recueillie. Je ne sais plus trop comment ça s'est passé mais je me souviens qu'il faisait chaud. C'était un soir d'été.
Quand je me suis réveillée dans les bras de ma maîtresse, je suis immédiatement tombée amoureuse d'elle. J'étais bien dans ses bras. C'était confortable. Elle était douce et câline. Elle avait de belles mains. A la maison on me parlait en japonais, sur l'écran de la télé, il y avait des dessins animés japonais. Dehors j'étais perdue, mais chez moi je retrouvais toujours mes repères. Je me frottais contre ma boîte à musique. Une petite boite en bois laquée de noir au contours dorés avec un coquelicot rose peint à la main sur le dessus. Quand elle s'ouvrait, c'était comme une bouche à l'intérieur. Recouverte de velours rouge. J'écoutais la mélodie : Sakura. J'embrassais le Japon. C'était doux. J'étais amoureuse. Et je ronronnais fort. Puis avec le temps et parce qu'elle était triste, ma maîtresse m'a oubliée. Elle était amoureuse d'un autre chat. Je ne l'intéressai plus. Il fallait que je parte. Et puis de toutes façons, je n'étais pas faite pour vivre dans les beaux quartiers. J'avais vu mon reflet dans le miroir du salon. Ca ne ressemblait pas à ce que j'imaginais. Depuis cet instant j'avais compris: je n'étais pas à la bonne place.
J'ai dit FUCK et je suis retournée au Japon. Et là, j'ai trainé dans la rue. Il faisait froid. Le chat d'appartement que j'étais est devenu chat de gouttière. C'était galère pour trouver à manger. Mais j'ai trouvé ma bande. Des chats solitaires, comme moi. On était un gang de matous. Y'avait le boss et les autres : on formait une drôle de famille. Quand y'avait du sashimi c'était la fête. Le wasabi nous piquait les moustaches mais ça nous réchauffait le coeur. Un soir, je me baladais dans le quartier de Shinjuku. Les néons clignotaient. J'étais éblouie par leur lumière. La mélodie de Sakura me revenait et se mêlait à l'agitation urbaine. C'était psychédélique, comme dans un son de future beats.
Je pensais au velours rouge de ma boîte à musique. A la douceur des mains de ma maîtresse. A sa dureté, à ma douleur. Nostalgie d'un foyer, d'un confort perdu. Je pensais à l'espoir. Un jour, un de mes frères chat m'avait dit : "Il faut une seule lumière pour éclairer da ns le noir" Et là, dans la rue, sous un néon fluorescent, on m'a proposé un toit. Avec un beau pelage comme le mien et si j'étais d'accord pour qu'on me le caresse, je pourrait trouver un refuge facilement. Alors j'ai accepté. Mon but c'était de trouver un endroit confortable. Etre au chaud. Mon nouveau maître était cool, il ne parlait pas beaucoup.Mais la hiérarchie était trop contraignante. Pesante. J'étais une chatte douce et disciplinée mais au fond bien trop sauvage pour être dressée. Alors j'ai repris la route.
Les années qui ont suivi, ce sont des voyages et des allers retours entre le japon, avec des chats punks, la Californie et Paris. Je dormais à droite à gauche, je faisais des conneries de chats. C'était "punk mind reggae soul et hip hop attitude", liberté dans ma tête, détendue dans l'âme, je dansais, bondissait. Je retombais toujours sur mes pattes. Au fil du temps, ma peau se recouvrait de tatouages. J'avais envie de matérialiser mes sentiments, les histoires d'amour que je vivais, la douleur que je ressentais. J'étais devenu un chat tatoué. Retour à Paris. Je plonge mes pattes dans l'encre noire et à mon tour, je tatoue d'autres chats. Je les accueille en ronronnant. Je sens l'énergie de tous ceux qui frappent à ma porte. Si le mood est bon, je l'accueille en ronron. On joue ensemble, on souffre ensemble aussi. C'est intense. Je pose mes pattes avec délicatesse sur la peau qui m'est confiée. Je sais que mes griffes vont faire mal mais faudra passer par là. Je sais que c'est pour toujours. J'aime ces rencontres et tous les contrastes qui en jaillissent : peau et métal, douceur et violence, lumière et noirceur, je les fais danser ensemble dans des ondulations infinies, c'est de la musique, un équilibre instable entre ying et yang...
On dit que les chats on 9 vies. Je suis dans ma neuvième...Et c'est la meilleure ! Neuvième vie ou neuvième vague, je continuerai de la surfer le plus longtemps possible... Un texte écrit à quatre pattes sous les toits de Paris :)
Vision magique de Neco & plume féline de Nirina LUNE
MEOW ME
LA MINE TATTOO
20 Passage du Ponceau 75002 Paris
06 58 09 16 26